Communiqué pour diffusion immédiate

Quartier des spectacles : retrouver ensemble l’espace et l’équilibre

Jacques-André Dupont, Président-directeur général, Festival international de Jazz de Montréal, Francos de Montréal et MONTRÉAL EN LUMIÈRE et huit autres signataires*

Tours à condos et à bureaux bâties et projetées, arrivée massive de nouveaux restaurateurs et de commerçants, chantiers divers : il n’y a pas de doute, depuis qu’ils ont été créés en 2009, le Quartier des spectacles et sa place des Festivals ont entraîné un important développement au cœur de Montréal. Et c’est tant mieux !

Les dirigeants d’événements se réjouissent d’y avoir participé à leur manière, en mettant de l’avant des rendez-vous fort populaires qui en sont devenus des produits d’appel. Ils souhaitent que l’élan se poursuive et, pourquoi pas, qu’il s’inscrive sur les décennies à venir, tout comme le souhaitent aussi diverses organisations partenaires qui ont à cœur l’essor du tourisme et la croissance économique de notre ville.

Malheureusement, aujourd’hui, ils sont tous plutôt contraints de faire valoir ensemble la contrepartie de cet essor fulgurant et de le constater froidement : l’avenir des festivals avec un grand volet gratuit, dans ce quartier aménagé au coût de 200 millions $, est moins assuré que jamais.

D’abord, d’un strict point de vue opérationnel, les multiples constructions y ont fait disparaître les espaces vacants qui servaient autant pour déployer des scènes secondaires qu’une nécessaire « arrière-scène ». À ces fins, l’espace maximal disponible aux festivals est passé de 1 000 000 pi2 en 2007 à 500 000 pi2 l’été suivant, ce qui a déjà conduit, heureusement, la Ville à chercher activement des solutions au problème.

Mais il y a pire, dans la mesure où c’est tout le modèle d’affaires des événements présentant un important volet gratuit qui en est menacé. Par exemple, lors de son arrivée dans le quartier en 1986 — aussi bien dire en plein désert alimentaire —, le Festival de Jazz pouvait compter sur les revenus que lui procuraient les ventes de boissons, d’aliments et de souvenirs pour financer en bonne partie les activités offertes gratuitement aux festivaliers. Dans les faits, les revenus captés dans les kiosques officiels du Festival étaient entièrement réinvestis dans l’événement lui-même, tout comme l’étaient aussi les revenus essentiels de commandites et de subventions.

Depuis lors, l’équilibre n’existe plus. Les revenus de certains festivals sur le site extérieur ont fondu de plus de la moitié avec l’arrivée de dizaines de restaurateurs et commerçants qui, de bon droit, font des affaires d’or durant les événements. Et c’est tant mieux pour l’urbanisme, l’économie et le dynamisme du quartier, de même que pour la Ville de Montréal, qui en retire plus de recettes foncières, mais cela a un effet pervers de plus en plus important.

Après avoir perdu l’essentiel de ses revenus sur le site au profit des restaurateurs et commerçants environnants, le Festival de Jazz, par exemple, fait face à un manque à gagner annuel de plusieurs millions de dollars, alors qu’il doit continuer d’assumer l’entièreté des coûts qui sont, eux, sans cesse en croissance. Des coûts liés, bien sûr, à la programmation, mais aussi à la technique et aux infrastructures d’accueil, à la sécurité, à l’innovation et à tout ce qui est incontournable.

Les festivals du Quartier des spectacles sont, pour le moment, parmi les plus importants au pays, voire au monde, et créent ensemble des retombées touristiques et économiques qui dépassent les 100 M$ annuellement, tout en offrant aux citoyens un accès gratuit à des événements, concerts et spectacles de qualité. Le tout génère aussi d’énormes retombées pour les artistes, les artisans et les employés qui, chaque année, y sont programmés ou qui y trouvent un emploi.

Aujourd’hui, le succès du Quartier des spectacles a créé un important déséquilibre, qui met à risque des fleurons de notre métropole. C’est pourquoi nous lançons un appel urgent à l’ensemble des décideurs publics et aux autres interlocuteurs de la communauté d’affaires. En somme, à tous ceux qui ont à cœur l’image de Montréal, son développement économique et touristique, les importantes retombées engendrées par les festivals et événements — incluant sur les plans social et culturel — et le dynamisme de son centre-ville.

* Signataires : Michel Leblanc, président et chef de la direction, Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Yves Lalumière, président-directeur général, Tourisme Montréal, Ève Paré, présidente-directrice générale, Association des hôtels du Grand Montréal, Jacques Primeau, Président du Conseil du Partenariat du Quartier des spectacles, Martin Roy, président-directeur général, Regroupement des événements majeurs internationaux (RÉMI), Festival Mode & Design, Montréal complétement Cirque, Juste pour rire, Festival International Nuits D’Afrique.